Samedi 20 juin 2009
Le milliardaire texan Sir Allen Stanford se présentait comme un philantrope sportif

Le milliardaire texan Sir Allen Stanford se présentait comme un philanthrope sportif

 

Bernard Madoff, auteur d’une gigantesque escroquerie financière de 50 milliards $, avait utilisé les vieilles ficelles d’un maître escroc italien Charles Ponzi. Auteur présumé d’une fraude de 9,2 milliards $ pour des faux placements, Sir Allen Stanford a été inculpé jeudi 18 juin par un tribunal de Virginie. À l’instar de l’escroc japonais Kazutsugi Nami, le milliardaire texan s’était inspiré de la “pyramide de Ponzi”. La haute finance apatride et le libre-échangisme ultralibéral ont facilité ces gigantesques escroqueries qui ont ruiné des banques mais surtout de modestes épargnants et retraités. NP Info présente 3 de ces escrocs les plus emblématiques : Sir Allen Stanford, Bernard Lawrence Madoff et Kazutsugi Nami.


Sir Allen Stanford : milliardaire texan et mécène sportif

Après l’arrestation médiatique de Bernard Madoff le 12 décembre 2008, l’autorité américaine de régulation des marchés financiers (SEC) révèle en février 2009 une gigantesque fraude de 9,2 milliards $ sur des faux placements.

Jeudi 18 juin, un tribunal de Richmond (Virginie) inculpe officiellement Sir Allen Stanford et 4 autres escrocs de fraude, d’associations de malfaiteurs et d’obstruction à la justice. Arrêté jeudi en soirée, Stanford a comparu les chevilles entravées. Le juge fédéral a ordonné son transfert pour Houston (Texas) où se tiendra une audience sur son éventuelle remise en liberté après paiement d’une caution. Le procureur général Lanny Breuer a déclaré que Stanford risquait un emprisonnement à vie s’il était reconnu coupable d’avoir orchestré une vaste opération de fraude financière pyramidale. 5.000 à 6.000 investisseurs sont concernés par cette gigantesque fraude attribuée à Stanford, à 3 responsables de sa banque basée à Antigua et Barbuda (micro-nation caraïbéenne) et au régulateur financier en chef.

On retrouve un scénario identique aux affaires Madoff et Nami : taux de rendement anormalement élevé. La “pyramide de Ponzi” fonctionne comme un fonds de roulement perpétuel et consiste à rémunérer les épargnants les plus anciens avec les capitaux fournis par les clients les plus récents. La crise financière mondiale de l’été 2008 a sérieusement grippé ces mécanismes financiers frauduleux. Certains épargnants paniqués ont désiré récupérer leur capital, qui en réalité servait à payer les intérêts des différents clients.

 

Carte politique de Antigua et Barbuda (capitale Saint John's)

Carte politique de Antigua et Barbuda (capitale Saint John's)

 

Véritable zone de non-droit financier, Antigua a servi “de terrain de jeu personnel” pour Stanford, les dirigeants bancaires et le régulateur financier en chef. La SEC accuse ces dirigeants de détournement de plusieurs milliards $, de dissimulation d’informations financières et de transferts de documents à Antigua. Le jet privé du milliardaire texan servait au transport de ces documents compromettants, destinés à être brûlés dans l’île caraïbéenne. D’après Lanny Breuer, le régulateur financier en chef recevait plusieurs centaines de milliers $ de pots de vin de Stanford.

Il s’agit de la première poursuite judiciaire d’envergure depuis l’installation de la nouvelle administration démocrate à Washington en janvier 2009. Barack Obama avait promis de s’attaquer à la délinquance économique. De son côté, Sir Allen Stanford ne manque aucune occasion publique pour proclamer son innocence et démentir toute implication dans cette gigantesque malversation pyramidale. En avril 2009, il effectue une déclaration cynique à Reuters : “Si la SEC n’avait pas démantelé mon empire, les investisseurs auraient récupéré leur mise et seraient riches”.

Né le 24 mars 1950 dans la ville pétrolière de Mexia (Texas), Stanford avait repris l’affaire financière familiale et l’avait très rapidement développée sur le plan international. Après avoir amassé une fortune colossale dans l’immobilier texan au début des années 1980, il transformera son groupe familial en une société internationale de gestion de fortune. Considéré comme l’une des personnes les plus riches sur le plan mondial, le Magazine américain Forbes avait évalué sa fortune à 2,2 milliards $.

Propriétaire de nombreuses maisons au Texas, en Floride et à Antigua, Stanford possédait une double nationalité : américaine et Antigua et Barbuda. En 2006, ce “nouveau riche” devient le premier ressortissant américain à être anobli par Antigua et Barbuda. Elisabeth II reste le chef d’État de ce territoire insulaire devenu indépendant le 1er novembre 1981 et membre du Commonwealth. Organisateur de nombreux tournois sportifs (cricket, golf, voile), Stanford apparaissait comme un généreux mécène.

 

La luxueuse villa du Cap d'Antibes de Bernard et Ruth Madoff

La luxueuse villa du Cap d'Antibes de Bernard et Ruth Madoff

 

Bernard Madoff : 48 ans d’escroquerie pyramidale (1960-2008)

Né le 29 avril 1938 à New-York, Bernard Lawrence Madoff (dit “Bernie l’escroc”) fut un affairiste autodidacte, auteur de la plus gigantesque escroquerie financière pyramidale mondiale (50 milliards $ de préjudices). Après l’abandon de ses études de droit, Madoff devint un modeste maître-nageur sur les plages sablonneuses de Long Island (New-York). Âgé de 22 ans et avec  5.000 $ en poche, il créa en 1960 sa propre société d’investissement. L’escroquerie financière, basée sur le modèle de la “pyramide de Ponzi” dura 48 ans jusqu’à l’éclatement de la crise financière mondiale. Le 12 décembre 2008, Bernie l’escroc tombe comme un vulgaire malfrat aux mains du FBI.

Après le versement d’une caution de 10 millions $, Madoff est remis en liberté. Après avoir reconnu les faits délictueux, il risque une peine de 150 ans d’emprisonnement et une amende de 5 millions $. Le 12 mars 2009, il plaide “coupable” ce qui lui évite un procès médiatique devant un grand jury. Son procès d’abord fixé le 16 juin 2009 a été mystérieusement repoussé au 29 juin. Il est nécessaire de revisiter quelques épisodes marquants de sa vie financière pour mieux comprendre l’ampleur de son escroquerie phénoménale. Signalons que dans son “Bloc-note” de Flash, le philosophe Alain Soral  qui évoquait une “concussion communautaire” avait manifesté une certaine sympathie à l’égard de “Bernie l’escroc”.

 

Le yacht "Bull" (27 mètres) ancré au port Gallice à Juan-Les-Pins (Alpes-Maritimes)

Le yacht "Bull" (27 mètres) ancré au port Gallice à Juan-Les-Pins (Alpes-Maritimes)

 

Sa modeste structure personnelle devint rapidement l’une des principales sociétés d’investissement à Wall Street, temple du capitalisme international. L’escroc Madoff devint très vite actif au sein de l’organisation d’autorégulation de la Bourse NASD (National Association of Securities Dealers). Sa société d’investissement figura même parmi les 5 plus actives du NASDAQ dont Madoff présida pour un temps le conseil des directeurs !

Néanmoins, il prit son virage décisif lors de l’apparition de “la bourse électronique” dont il fut un des innovateurs. Profitant cyniquement de sa notoriété et d’une solide réputation sur les marchés financiers, Madoff monta un fonds d’investissement spéculatif, discrètement géré par une société parallèle créé par lui-même. Selon la SEC, ce fonds gérait pour 17 milliards $ des investissements pour 11 à 25 clients (banques, fonds et immenses fortunes personnelles). Bernard Madoff, qui avait perdu tout sens des réalités concrètes, proposait à ses clients un taux annuel de rendement de 17 % !

Parmi ses investisseurs, on relève 4 banques françaises lésées de plusieurs milliards € : Natixix, Société Générale, BNP et Crédit agricole. La banque espagnole Santander a investi 2,3 milliards € et HSBC (Honk Kong Shanghaï Bank & Corporation) avait misé 1 milliards $.

Comme son fonds d’investissement personnel avait subi des pertes importantes, l’escroc Madoff eut recours aux bonnes vieilles ficelles financières : la cavalerie ou vente pyramidale (Ponzi). Avec la prospérité financière, Madoff réglait rubis sur l’ongle les intérêts de ses premiers épargnants grâce au capital déposé par ses plus récents et précédents clients. Seulement avec la chute drastique des marchés financiers au cours de 2008, nombre de ses clients affolés ont voulu récupérer leur capital et le système de Madoff s’écroula comme un château de cartes.

Parmi ses multiples biens immobiliers, Bernard Madoff possédait un luxueux appartement à Manhattan évalué à plus de 5 millions de $, une maison dans l’idyllique station balnéaire de Palm Beach (Floride) ainsi qu’un pied-à-terre à Antibes (Alpes-Maritimes). Membre du Palm Beach Country Club, Madoff possédait une palanquée de yachts de luxe baptises Bull. Long de 27 mètres, l’un d’eux était ancré dans le port de plaisance Gallice à Juan-Les-Pins.

Pour l’anecdote, sa luxueuse villa du Cap d’Antibes figurait à l’annuaire des Alpes-Maritimes sous le nom de son épouse Ruth. Selon les nombreux témoignages de marins, commerçants, restaurateurs et plagistes, “Bernie l’escroc” était connu pour sa simplicité : “un retraité très gentil”, “un grand-père modèle” ou encore “un homme charmant”.

L’ensemble de ses biens immobiliers fut saisi afin de régler certains préjudices financiers et ses multiples dettes.

 

Présenté comme le "Bernard Madoff japonais", Kazutsugi Nami est un escroc atypique doublé d'un mégalomane mondialiste

Présenté comme le "Bernard Madoff japonais", Kazutsugi Nami est un escroc atypique doublé d'un mégalomane mondialiste

 

Kazutsugi Nami : le “Madoff japonais”, mondialiste mégalomane

Né le 19 mai 1933, Kazutsugi Nami est un affairiste japonais qui débuta ses escroqueries pyramidales en 1970. Son sinistre manège dura près de 39 ans et s’acheva le 4 février 2009 avec son arrestation ainsi que celle de 21 autres personnes, sur l’inculpation de fraude à l’investissement sur une grande échelle.

Présenté comme le “Bernard Madoff japonais”, il déclare cyniquement aux médias qu’en réalité dans cette affaire il est une victime et non un coupable. Poursuivant sur sa lancée provocatrice, Nami explique doctement que des rendements élevés (36 % !!!) entraînent logiquement des risques élevés. Son parcours hors du commun et sa mégalomanie mondialiste appellent quelques précisions.

Dans les années 1970, Nami devient vice-président d’APO Japan Corporation, société de vente d’équipement d’automobiles basée à Tokyo. Impliquée dans une gigantesque escroquerie pyramidale, l’entreprise fit faillite en 1975. 250.000 personnes crédules avaient investi dans une sinistre escroquerie fondée sur les ventes de dispositifs pour éliminer les gaz d’échappement automobile.

Peu avant la faillite d’APO Japan co. en 1975, Nami retombe sur ses pieds et fonde Nozakku Corporation, société spécialisée dans la vente de “pierres magiques” censées transformer l’eau du robinet en eau de source !

Après avoir atteint en 1977 un chiffre d’affaire annuel supérieur à 2 milliards de Yen, Nozakku Co. fit faillite l’année suivante. Arrêté et inculpé pour fraude, Nami purgea une petite peine de prison. Peu avant cette dernière faillite de 1978, Nami avait encore fondé une société PHC spécialisée dans les autocuiseurs.

Durant son séjour carcéral, cet escroc machiavélique et mégalomane peaufina ses techniques basées sur la “pyramide de Ponzi”. Après sa sortie de prison, Nami fonda en août 1987 une société de literie “Ladies & Gentlemen” basée à Tokyo. Cette société “L & G” actuellement en faillite tirait l’essentiel de ses revenus de la vente pyramidale, version technologique. Dans le cadre de “L & G“, Nami inventa une monnaie électronique virtuelle baptisée enten (littéralement argent divin).

Au sein de “L & G“, il créa un ingénieux fonds d’investissement dans cette monnaie virtuelle, utilisable pour payer par téléphone mobile les achats effectués à L & G. Malgré une argumentation échevelée et alambiquée, le fonds d’investissement et l’enten inspirèrent confiance à 37.000 personnes (principalement retraitées et/ou âgées), actuellement dépouillées collectivement de 126 milliards de Yen, soit un montant supérieur à 1 milliard €. Le paiement du dividende du fond d’investissement créé par Nami, était assuré en enten et non en Yen ce qui alimenta les premiers soupçons d’escroquerie.

D’après le prolixe Nami, l’enten était censé devenir une devise légale planétaire après la fin de la récession économique mondiale. Actuellement, il persiste dans ses déclarations de monnaie mondiale. Malgré sa mégalomanie indéniable, Nami révèle son penchant évident pour le mondialisme apatride et ultralibéral.

Les investisseurs devaient placer au minimum 100.000 Yen et cet argent placé sur le fond d’investissement créé par Nami était doté d’un rendement annuel de 36 % !!! Ainsi, Bernard Madoff avait trouvé son maître dans l’escroquerie internationale.

Enfin, l’enten permettait déjà de “payer” tous les achats effectués à L & G, ce qui attirait un public bien ciblé. Grâce aux partenariats commerciaux établis par l’escroc Nami, ces achats en enten pratiqués dans des magasins et même des hôtels s’appliquaient à des denrées très hétéroclites : literie, vêtements, légumes, bijoux !

Profitant du mondialisme apatride, du libre-échangisme ultralibéral et des nouvelles technologies, l’américain Bernard Madoff et le japonais Kazutsugi Nami sont des escrocs contemporains et internationaux particulièrement cyniques.

Par Jerome moreno herrero - Publié dans : Nouvelles mondiales - Communauté : Vu de droite
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